Peut-on exposer des jardins dans un musée ?

A première vue c’est une idée surprenante. Comment faire entrer dans des salles plutôt sombres les grandes allées, les herbes folles, les bassins, les parterres de fleurs côté ombre ou côté soleil. La vue idyllique ? Les odeurs enivrantes ? Le vrombissement des insectes et le souffle du vent ? Le velouté des feuilles ? Toute la sensualité du jardin. Au musée, on ne touche pas, on ne hume pas, on se contente de regarder, à la rigueur d’écouter.

Ouverture de l’exposition avec une Peinture de jardin Pompei et une citation de louis Aragon

Alors direction le Grand Palais et son impossible exposition « Jardins ».

Le premier de tous les jardins, c’était le Paradis, il l’est resté pour les artistes. Si le Grand Palais a fait le choix de se concentrer sur une partie riche de l’histoire de l’art, de la Renaissance à nos jours, c’est parce que la Renaissance, c’est l’époque où commencent les grands voyages, la découverte de mondes nouveaux et leur exploration. Une mondialisation des végétaux de toutes sortes et, comme le souligne dans une vidéo Peter Grenaway, réalisateur de « Meurtre dans un Jardin Anglais », une rencontre entre l’histoire et la géographie.

Il faut faire cette visite comme une promenade, parcourir des allées où s’exposent de grands et magnifiques herbiers, dont celui de Jean-Jacques Rousseau et celui, très émouvant, d’une marraine de poilus qui demandait à ses filleuls une plante de tranchées. Plus loin, on retrouvera la précision presque scientifique des aquarelles de plantes de Dürer.

Terres de la Loire rassemblées pour une oeuvre de Koichi Kurita

Comme une nature revue et corrigée, les allées du musée foisonnent d’œuvres d’art de toutes sortes. Il y a les frondaisons touffues de Klimt qui illustrent aussi l’affiche, les marguerites de Caillebotte et les fleurs dansantes des papiers découpés de Matisse. Et une abondance de Cézanne, Picasso, Monet, Odilon Redon, Fragonard, Watteau, Poussin et bien d’autres. L’art contemporain est également convié, avec, entres autres, des œuvres de Giuseppe Penone (photo image à la une) et de l’artiste japonais Koichi Kurita. Celui-ci a prélevé 40 échantillons de terre de Loire, élément primordial, et les a disposés en carrés qui forment un étonnant nuancier tout à fait naturel.

Exposition Jardins au Grand Palais – Paul Cezanne

Une salle est consacrée au jardinier et à ses outils, sans qui rien n’existerait de ce monde extraordinaire. Outils témoignant d’un savoir-faire, mais aussi des plans de Le Nôtre et jusqu’aux chaussures boueuses de Gilles Clément.

On y voit aussi des photos, des statues, des gravures, de délicates fleurs d’acier, de cire, de verre ou de papier mâché, de précieux diadèmes avec leurs fleurs de diamant, des installations comme la grotte pleine de fraîcheur de Jean-Michel Othoniel. Une flânerie au cours de laquelle on pourra admirer beaucoup de chefs d’oeuvre nés de la réunion de la nature et de l’art.

GRAND PALAIS
EXPOSITION JARDINS
Jusqu’au 24 juillet 2017