D’abord une mise au point : l’azalée et le rhododendron sont des enfants de la même famille, les Ericacées. Leur différence principale réside dans le nombre de leurs étamines. 10 pour les rhododendrons, 5 pour les azalées. Leur feuillage persistant ou semi-persistant du vert intense au céladon strié de jaune accueille une éblouissante floraison en avril-mai, A l’état rustique, ces arbustes aiment dévaler les pentes de collines, voire de montagnes.

Azalées

D’ailleurs leur grande migration vers l’Ouest a commencé comme celle de nombreuses espèces végétales au XVIIIe siècle. Plantes asiatiques, elles venaient du Japon ou de Chine. On les a vues sur les pentes de l’Himalaya. Elles se sont plu et épanouies des Carpates aux Pyrénées, aux Alpes, elles ont même étendu leur domaine à la Sibérie, à la Scandinavie, à l’Écosse. Aujourd’hui comme par le passé, des amateurs passionnés ont créé des parcs qui leur sont exclusivement consacrés. Ainsi à Gouesnach, dans le Finistère, 20 hectares leur sont dédiés, dans le parc de Boutiguery.
Il faut imaginer, sur un fond formé de majestueux séquoïas, de chênes, de hêtres, de pins du Mexique, magnolias et arbres de Judée, l’explosion colorée des azalées et des rhododendrons en fleur, dans de multiples teintes, pourpre, parme, jaune, orange, ou rouge cramoisi. On s’y promène comme dans un tableau buissonnant jusqu’aux rives de l’Odet qui ajoute alors la fraîcheur verte de ses eaux.

Parc de Boutiguery

Partons ver l’Est, en Allemagne, presque aux frontières de la Pologne. Là, près de Dresde en Saxe, un propriétaire terrien du nom de Friedrich Hermann Rötschke consacra 81 hectares de terre à la création du parc de Kromlau, en 1842. A cette époque, le parc à l’anglaise avait depuis longtemps remplacé le jardin à la française et accompagnait à merveille la mode romantique qui déferlait sur l’Europe. Kromlau est un parc remarquable à plus d’un égard. D’abord il est riche en sources, en ruisseaux, en étangs et divers plans d’eau. L’un d’eux est traversé par un pont qui a fait sa renommée, au même titre que son foisonnement de rhododendrons et d’azalées. C’est le Pont du Diable ou Ravensbrücke, qui, avec ses colonnes de basalte, forme un cercla parfait avec son reflet dans l’eau, quel que soit le point d’où on l’observe. La liste de ses végétaux est si impressionnante, à commencer par nos chères azalées et leurs aimables cousins rhododendrons qui conduira les amateurs de ces plantes à visiter le parc au printemps, que chaque saison y est un éblouissement. D’autant plus qu’il est question de restaurer quelques unes des nombreuses sculptures de basalte qui ornaient autrefois Kromlau et dont la majorité à été détruite au cous de la Seconde Guerre Mondiale.

Parc de Kromlau

Et maintenant, retournons à notre point de départ : au sud du Japon. Près de la ville de Takeo, se dresse une montagne, Mifuneyama Rakuen. Là, c’est la nature qui est jardin. Un jardin immense, pourtant créé de la main de l’homme en 1845, à l’époque Edo. 5000 Sakura, soit les cerisiers particulièrement appréciés des Japonais à l’époque de la floraison, et 50 000 azalées dévalent les pentes. On peut les parcourir en suivant de nombreux sentiers, et découvrir un bel étang, une maison de thé, et au hasard de la visite,
500 statues des disciples de Bouddha. Alors selon qu’on aime le rose pâle de fleurs de cerisier, on ira dès début avril admirer cette merveille, en attendant qu’à la mi-avril se déchaîne l’explosion des rose, des mauves et de fuchsias des azalées. Et bien sûr, à l’automne, les érables font éclater le cuivre de leur rouge.

Mifuneyama Rakuen

Et on attend la nuit pour admirer un autre spectacle. Le collectif d’artistes japonais Team Lab et son art digital s’est emparé du jardin où tout devient spectacle enchanté. Les grottes, les bassins, les roches, les arbres, et jusqu’à l’intérieur de porcelaine d’une tasse à thé abritent d’étranges créations, la canopée et son enchevêtrement de branches est un lieu où déambulent des fantômes.
Et comme un voyage se conclut heureusement avec un retour, ajoutons que Team Lab présente un spectacle à Paris à La Grande Halle de la Villette. Jusqu’au 9 septembre seulement

teamLab : A Forest Where Gods Live

Marie Hélène Massé

Les adresses :

Domaine de Boutiguery
+ 33 6 64 98 46 44

Parc de Kromlau
+49 3576 22 29 28

Mifuneyama Rakuen
4100 Takeocho Oaza Takeo Takeo